Du Régime Politique en Iron Mind (extraits)

Extrait de l'ouvrage Dë Estaad wen Hiron Myin d’Elexis Thann paru en 2020 aux éditions Kaarlsveld (Vertigo - Alderande)

Présentation de l'auteur

Elexis Thann a travaillé dans les premières années de sa carrière diplomatique à l’Ambassade alderaane d’Iron Mind et a longtemps dirigé le Bureau Impérial des Affaires Mindiennes lorsque l’Empire retira sa représentation officielle de Cité 1. Il s’est proposé de rédiger en 2018 un rapport sur le système politique d’Iron Mind et a fait paraître dernièrement une parution plus savante et philosophique de ce premier rapport en y ajoutant de nouvelles notes et passages. Le texte se veut donc schématiser le régime politique mindien mais semble décrire avant tout le modèle totalitaire du régime politique de l’Angisme en général comme les écrits de Gunther Kerdell et Joskar Hüs le laissent entendre.

TEXTE

Le schéma du pouvoir du régime politique de l’Iron Mind ne suit pas un organigramme visant à contrebalancer les trois pouvoirs traditionnels (exécutif, législatif, judiciaire) puisque ce principe même lui est inconnu, ni même un schéma pyramidale d’un despotisme classique. Le régime politique de l’Iron Mind est tout entier organisé autour d’un centre de vide juridique inattaquable a priori. Autour de ce centre tourne de nombreux cercles périphériques en fonction du degré de pouvoir qui leur est attribué. Ces cercles sont en rapport les uns avec les autres de sorte que chaque cercle de la hiérarchie ne puisse être en contact qu’avec le cercle qu’il entoure où avec le cercle qui l’entoure. Le résultat est une hiérarchie sclérosée et le cercle le plus externe, le peuple, n’a aucun moyen de parvenir jusqu’au centre et même les cercles les plus à l’intérieur dans la hiérarchie ne peuvent approcher ni même être en contact avec le centre […].

L’ensemble des cercles est dirigé par la Loi dite Universelle en ce qu’elle est imposée à tous, le régime s’appuie en effet sur une égalité inscrite dans le droit, égalité entière de la population envers elle-même et envers la Loi. Le peuple n’est donc considéré que comme une masse en ce que le droit n’établit aucun mérite suffisant pour accepter une liberté contraire à l’égalité. La liberté est restreinte à son plus strict minimum (droit vitaux en somme) car elle effraie l’égalité. C’est ce domaine surdimensionné de l’égalité qui empêche toute action de la liberté alors que les démocraties s’efforcent justement de palier l’un par l’autre. Toute distinction est donc bien malvenue et on comprend pourquoi ce régime répugne tant à tolérer les différences, les minorités, les courants artistiques et autres originalités […].

Les rapports dans la hiérarchie des cercles sont très stricts et chaque information doit traverser les différents paliers (cercles) pour atteindre peu à peu le centre. La plupart des cercles agissent comme censure sur les cercles inférieurs et le cercle externe, le peuple, se retrouve au plus bas niveau de pouvoir possible et voit toutes ses initiatives censurées. La valeur travail prend alors tout son sens dans le régime mindien, le travail démunie le peuple et l'empêche même d'établir une réflexion sur sa situation dans le processus politique. […] Le schéma des commandements émanant des cercles les plus intérieurs ou du centre directement (plus rares) se construit donc exactement dans le sens inverse bien évidemment sans qu’une possible censure puisse être instituée.

Le pouvoir est ainsi divisé entre les cercles mais aussi au sein des cercles eux-mêmes de sortes que l’ensemble de l’ordre à effectuer n’incombe pas à une personne mais, comme dans le processus de production d’une usine, l’ordre est divisé entre plusieurs exécutants. Le système repose ainsi sur une déresponsabilisation générale des individus et des exécutants, les ordres sont simplement appliqués sans discernement de l’acte total accompli et si des plaintes ou des problèmes surviennent, c’est toujours au cercle supérieur que la faute incombe, ou du moins, que la responsabilité est reportée. Le régime d’Iron Mind repose donc sur ce mystère de la responsabilité, sur ce renvoie constant des institutions aux autres sans que véritablement la vérité ou la justice ne soit élucidée. Il est d’ailleurs intéressant de voir à quel point l’homme est séduit facilement par la déresponsabilisation et ainsi comment un tel système peut être installé peu à peu sans véritable prise de conscience du danger d‘un tel système […].

Le centre vide est représenté par un individu élu mais par des élections qui sont elles-mêmes aléatoires et contrôlées. On peut même supposer que les votes ne sont pas contrôlés car la population, la masse, ne semble même pas capable d’agir contre le régime lorsque celui-ci est instauré depuis assez longtemps. On retrouve une conformité sociale trop inscrite dans les mentalités pour être délogée aussi facilement. Mais l’esprit humain se montre versatile et sitôt la liberté retrouvée il est très certain que la contestation de l’ancien régime se retrouve être la nouvelle norme sociale […]. Le centre est un « vide juridique » en ce qu’une fois élu il est le plus souvent destitué par une contestation de l’ensemble des cercles qui ont besoin d’un renouvellement hiérarchique du centre pour imputer à l’ancien dirigeant toutes les fautes commises jusque là. Ainsi, dans un contexte de déresponsabilisation générale, la faute peut être mise sur le compte du centre. Il est certes inattaquable (protégé par un vide juridique) mais lorsqu’un mouvement de contestation se forme il en est alors la principale cible et les luttes de pouvoirs sont violentes pour asseoir une nouvelle autorité, un nouveau centre. Une fois un nouveau centre bien établi, la paix sociale est instaurée pour un assez long moment.

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