Interprétation géopolitique de la...

L’étude repose sur des principes simples et des idées fortes, dont l’une est par exemple la répartition des Etats en trois groupes : les Etats engagés, les Etats inquiets, les Etats non-engagés.

Les trois axes

La situation géopolitique du Nouveau Monde est actuellement régie par l’existence de trois grands axes idéologiquement forts. Chacun est dissymétrique, en ceci qu’il relie deux Etats de tailles et d’importances très inégales. Chacun s’étend sur deux continents différents, ce qui montre leur vocation mondiale, chacun étant expansionniste, selon des modalités différentes. La situation géographique de l’Elghinn et de l’Alderande prédisposent d’ailleurs ces Etats à de telles ambitions.

  • L’axe angiste (Iron Mind et Etat Libre de Flakgrad) est idéologiquement, économiquement et militairement fort. En revanche, il souffre d’une faiblesse diplomatique : l’ELF ou au moins son régime n’est pas reconnu par plusieurs Etats, l’Iron Mind perdu sa crédibilité depuis la crise milivienne, aucun des deux n’est membre de l’ONU. La victoire des angistes dans l’ELF est malgré tout une revanche sur l’échec du Milivoje Occidental. C’est donc un axe dynamique.
  • L’axe socialiste (Elghinn et République des Travailleurs) est également idéologiquement fort. Son importance économique est limitée en ceci qu’il s’agit d’économies très fermées sur elles-mêmes, mais le rayonnement culturel est important (il n’est pas innocent par exemple que les JO d’hiver aient eu lieu en Elghinn). Bizarrement, cet axe est encore surtout virtuel, car la collaboration des deux nations est pour le moment limitée. Peut-être l’Elghinn a-t-il dû renoncer à une politique trop éclatante après la crise milivienne (et son revers à cette occasion), puis les élections ont empêché la prise de positions diplomatiques fortes. Nul ne doute cependant que ces deux Etats sont amenés à se rapprocher dans un avenir proche, maintenant que Nathalie Petrowski a été confirmée à son poste. En outre, la prospérité économique elghinnoise serait en mesure de supporter efficacement le développement économique des Travailleurs. Comme cet axe est encore en partie virtuel, le principal affrontement a aujourd’hui lieu entre les deux autres axes.
  • L’axe modéré (Alderande et Confédération des Sthans) connaît un essor rapide. Récemment, une base militaire aldéraane a été installée sur le territoire sthanor. L’éloignement constant entre Alderande et l’Iron Mind depuis la crise milivienne a favorisé l’essor de cet axe, qui se fait de plus en plus dans une logique anti-angiste. Cet axe présente également une cohérence idéologique (économie de marché et démocratie politique). Il se manifeste essentiellement dans les domaines militaire et diplomatique, presque pas dans les affaires économiques (mais le protectionnisme alderaan n’y est pas pour rien).

L’axe faible

Il existe en quelque sorte un quatrième axe, mais celui-ci est beaucoup plus faible que les trois premiers. En effet, l’axe Jepay-Janakan est problématique. Tout d’abord, il souffre d’un manque de cohérence idéologique, le régime monarchique étant trop différent d’un pays à l’autre. Cet axe présente également une faiblesse militaire, depuis que le Jepay s’est embourbé en Chilia, ce qui a quasiment interrompu ses interventions dans les autres affaires internationales. La coopération économique entre les deux Etats est elle-même limitée.

Les raisons pour lesquelles cet axe fonctionne moins bien sont l’absence de superpuissance mondiale de l’envergure de l’Elghinn, de l’Alderande ou de l’Iron Mind, et aussi le fait que cet axe ne soit pas dissymétrique : chacun de ses membres, d’importance similaire, cherche à affirmer sa prééminence.

D’ailleurs, le Janakan s’est détaché de cet axe, qui est à peu près mort : le Grand Duché a pris plusieurs fois position contre la politique intérieure et extérieure jepaysane, condamnant le pouvoir absolu du roi de Jepay, la politique secrète et expansionniste de ce pays en Chilia…

Ces huit Etats forment le groupe des Etats "engagés".

Que ce quatrième axe soit faible ou ait disparu n’est pas très inquiétant en ceci que les chiffres pairs sont mauvais : ils favorisent l’opposition directe de deux blocs, avec d‘éventuelles subdivisions internes. Le chiffre de trois axes est en revanche plus rassurant : il rend possible, en cas de conflit, l’arbitrage par un tiers, suffisamment fort pour pouvoir faire entendre sa voix. En outre, le rapprochement de deux axes entraînerait un déséquilibre des forces en présence, donc la volonté de la partie mineure d’éviter toute confrontation.

Le Cœur conflictuel

Si l’on trace trois lignes imaginaires symbolisant les trois axes et reliant les pays concernés, on s’aperçoit que ces lignes se croisent au niveau de l’Océan Prométhée, au nord de l’île alderano-elghinnoise. Cette région constitue donc la zone où les impérialismes concurrents sont les plus à même à s’entrechoquer, de manière directe en cas de guerre ouverte ou de manière indirecte en cas de guerre froide.

La situation actuelle est celle d’une guerre froide, c’est-à-dire que les conflits se font sur des théâtres secondaires, étrangers, parfois par l’intermédiaire d’autres Etats.

Ainsi, les Etats riverains de l’Océan Prométhée sont les plus menacés actuellement, ou du moins constituent un enjeu majeur. Or, ce sont essentiellement trois pays qui sont immédiatement voisins du cœur conflictuel : le Gollach Cornu, le Bluckembourg et le Milivoje. En toute logique, il s’agit d’Etats « inquiets ».

La crise milivienne a été l’occasion de révéler au grand jour le heurt des impérialismes concurrents. Les trois superpuissances ont bien entendu participé aux opérations sur ce terrain. C’est d’abord l’Elghinn qui a manifesté un certain expansionnisme idéologique en refusant de participer aux opérations militaires, en les critiquant et en se limitant à l’action humanitaire ou économique, doublée d’une propagande anti-coalition. Fortement critiqué par les autres pays, l’Elghinn a fini par être poussé au pied du mur au cours d’une épreuve de force, déclenchée par une initiative elghninnoise unilatérale et maladroitement présentée, qui aurait pu constituer un début de politique expansionniste. Conformément à la théorie du chiffre trois, les deux autres axes se sont unis contre l’Elghinn, qui a dû reculer sans chercher l'affrontement.

Puis, ce furent les ambitions mindiennes clairement expansionnistes qui furent révélées, entraînant là encore une union des deux autres axes, et de manière générale de toute la communauté internationale, entraînant là encore un recul.

C’est donc actuellement l’axe modéré qui l’emporte en Milivoje, où un régime démocratique et une économie libérale sont en train de se mettre en place. La question milivienne n’est cependant pas encore réglée.

Le cas gollachois a été différent. Cet Etat a une position sensible compte tenu de sa proximité du Cœur conflictuel, mais aussi de son emplacement stratégique sur les grandes routes maritimes. Ce pays n’a cessé de réaffirmer sa souveraineté devant les pressions des divers axes, ainsi lorsqu’Aldérande a voulu le forcer à appliquer le blocus naval sur les navires elghinnois durant la première crise milivienne. Un conflit naval elghinno-alderaan se serait sans doute déroulé pour partie dans les eaux territoriales de cet Etat, qui est donc l’archétype de l’Etat « inquiet ».

Enfin, le Bluckembourg, au nord du Cœur conflictuel, présente une situation particulière. Il semblerait que l’échec des politiques trop agressives en Milivoje et au Gollach aient amené les axes à privilégier de nouvelles stratégies. Le Burklembourg est donc « courtisé » par ces divers axes, l’un des signes étant la proposition de coopération aéronautique de la part de l’Iron Mind, ou encore le voyage officiel de plusieurs ministres janakaans. Malgré tout, le Burklembourg est lui-aussi un Etat « inquiet », aussi possède-t-il des effectifs militaires nombreux, un équipement moderne, des armes de dissuasion (sans doute là aussi l’une des raisons pour lesquelles cet Etat est traité avec plus d’égards que le Gollach Cornu), un fort budget militaire. Officiellement, il s’agit de faire face à une menace potentielle de la République des Travailleurs, qui est militairement beaucoup moins important et a suffisamment de problèmes intérieurs. Par contre coup, les Travailleurs en sont amenés à consacrer une part très importante (et en forte hausse) de leur budget à la défense, et à conserver des armes non conventionnelles et des mines anti-personnelles, dans la perspective de devoir défendre leur territoire contre leur trop puissant voisin.

En raison de l’échec du quatrième axe, le Janakan est lui aussi un Etat « inquiet », et par conséquent il est à la recherche désespérée de nouvelles alliances, que ni le Gollach, ni le Lugasi, ses alliés traditionnels, ne peuvent lui apporter, en raison de leur faiblesse et de leur activité restreinte ou timide (le Lugasi participe aux opérations en cours actuellement au Milivoje, mais uniquement dans la région située immédiatement au-delà de sa frontière, ce qui est sans doute un signe de ce que cet Etat voulait assurer sa sécurité en empêchant l‘un des trois axes de parvenir immédiatement à ses frontières). La reprise de négociations avec l’Alderande, sur la base d’un traité antérieur, ne suffiront sans doute pas à rapprocher sensiblement ces deux Etats, qui ont des intérêts trop différents. En outre le Janakan reproche à l’Empire de ne pas l’avoir invité ni même prévenu de la tenue du sommet de Prodovendrog sur la lutte anti-terroriste, d’avoir contribué à l’échec de la conférence de Fréhel et d’avoir montré peu d’appui à Greznitsch. Le rapprochement avec le Burcklembourg se restreint pour le moment au domaine économique et est très limité, mais presque la moitié du gouvernement alderaan a fait le déplacement jusqu’à cet Etat, où elle se trouve actuellement. Idéologiquement, le Grand Duché diffère sensiblement de l’axe angiste, mais serait prêt à s’en rapprocher en cas de politique trop agressive de la part de l’axe socialiste.

Les Etats non-engagés

Tous les autres Etats sont considérés comme non-engagés, soient qu’ils aient une activité diplomatique limitée (Lugasi, Amnesia, Wolfangilia, Gollach, Sirnie…), soient qu’ils soient trop faibles et lointains voire ne se sentent absolument pas concernés (Casimirstan, 52-paradise, Rapunzel…), soit qu’ils aient sciemment choisi une politique de neutralité (Eversex). Ce sont en général des Etats à peu près stables et sans grandes inquiétudes quant à leur sécurité, donc qui constituent des puissances militaires très moyennes, voire faibles, sans armes de dissuasion ni ADM. Leurs moyens militaires sont tournés vers des stratégies défensives et les équipements offensifs sont limités.

Il est néanmoins probable que le Wolfangilia, à proximité immédiate d’une nouvelle zone de troubles et de heurt des impérialismes rivaux, sera comme le Bluckembourg « courtisé » par les différents axes afin de prendre pied dans la région ou d’y renforcer leur présence.

Une ONU décrédibilisée ?

Qu’en est-il de l’instance supranationale qui devrait arbitrer et gérer tous ces conflits ?

L’ONU a perdu beaucoup de sa crédibilité, d’abord en se faisant doubler par l’Elghinn puis par l’Iron Mind lors de la crise Milivienne. Ces deux crises ont d’ailleurs été réglées en réalité sans le concours de l’ONU : c’est par exemple la prise de position forte mais unilatérale de nombreux Etats qui a fait reculer les dirigeants mindiens. En outre, l’ONU a été incapable de gérer la situation ouverte par l’intervention du Jepay en Chilia. L’absence de décisions et d’institutions fortes telles qu’un tribunal pénal international limite ses possibilités. Enfin, le retrait de l’Iron Mind, la non adhésion d’autres Etats fragilise cette organisation et lui ôte beaucoup de sa légitimité.

L’ONU peut recouvrir sa crédibilité internationale en gagnant l’adhésion de nouveaux Etats et surtout le retour de l’Iron Mind, en créant de nouveaux organismes et en gérant efficacement la situation au Milivoje et en Chilia. Mais ce n’est guère le cas pour le moment.

Les conclusions pour l’Eversex

L’Eversex a un différend idéologique très fort avec l’axe angiste, encore accru par la rupture des relations diplomatiques avec l’Iron Mind lors de la dernière crise milivienne. Il faut encore y ajouter l’absence de complémentarité économique, et même une concurrence dans un certain nombre de domaines (l’industrie automobile eversexonne est importante en Ruritanie-Poldavie mais ne parvient pas à s’implanter dans le Nouveau Monde). Ainsi, une alliance est impossible. L’Eversex souhaite cependant entretenir avec cet axe, conformément à sa politique de neutralité, des rapports de coexistence pacifique, en reprenant notamment les relations diplomatiques.

La neutralité est parfaite avec les autres axes. Ponctuellement, des rapprochements peuvent avoir lieu, sans que l’Eversex s’engage pour autant. Les relations sont ainsi assez bonnes avec l’Alderande, la Confédération des Sthans et la République des Travailleurs.

De manière générale, la politique extérieure de l’Eversex dans le Nouveau Monde consiste à encourager le développement économique et la prospérité globale, de même que la démocratie, partout, comme gages de stabilité. Cette diplomatie, désormais appelée « Politique de stabilité globale », cherche également à promouvoir le désarmement dans une région surarmée. Elle prône un renforcement des institutions internationales telles que l’ONU (l’Eversex étant voué à y adhérer à terme), de la coopération (dans le domaine de l’énergie, pour la recherche historique et archéologique), des programmes d’échange (ouverture plus grande aux touristes, échanges universitaires, rencontres mondaines), des conventions internationales protégeant les droits des gens (minorités nationales, civils, prisonniers, blessés en temps de guerre…).

Au cas où la situation se détériorerait dans le Nouveau Monde, l’Eversex ne disposerait ni du poids diplomatique, ni de la puissance militaire (ni peut-être de l’envie) qui lui permettraient de servir d’arbitre. Il semble d’ailleurs accorder plus d’importance aux bals du Palais d’Hiver d’Edam ou au festival de musique baroque de Krakholm qu’au renforcement de ses positions diplomatiques et militaires. Dans ces conditions, en cas de conflit généralisé, l’Eversex se replierait sûrement dans un splendide isolement, cette fois-ci à l’échelle de tout le continent ruritano-poldave, mais qui pourrait durer aussi longtemps que le Grand Renfermement. Sur ce continent règne une « Stabilité instable » : il y a eu des changements de régime, un erévolution de velours en Bouletas, l'indépendance de la partie ruritano-poldave de l’ex-Krigérani, des tensions apparaissent parfois très ponctuellement avec le 52-paradise… Malgré tout, le continent est stable : la croissance économique et la coopération interétatique se poursuit, les armements sont limités à un niveau assez bas, l’Evesrex a choisi de ne pas soutenir les mouvements nord-boulets qui réclamaient le rattachement de certaines provinces boulettes à l’Eversex…

Le continent se remet mal de ne plus être "le centre du monde" et a tendance à vivre en vase clos, ce qui n'empêche pas de timides ouvertures sur le reste du monde, comme pour le festival de cinéma d'Elseton, qui a été pour la première fois ouvert aux pays non ruritano-poldaves, ou encore les essais de diverses entreprises eversexonnes de s'implanter dans le Nouveau Monde.

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