La croyance au coeur de l'Angisme et du Redemptorisme

Extraits du livre "L'Illusion rédemptoriste: Comment la sélection naturelle a créé l’idée de Dieu"

par Ramesh Sikdar, doyen des études politiques, Université de Dha, Akadem Pradesh

Nous faisons face, depuis plusieurs années à une résurgence des doctrines religieuses au coeur de l'Akadem Pradesh. La forte influence du positivisme scientifique et son attachement à la rationalité nous avaint annoncé la disparition prochaine de la religion et son remplacement par des valeurs communautaires et sociales fondées sur la connaissance exacte. Or la renaissance au début du XXIe siècle du mouvement rédemptoriste soulève plusieurs questions parmi les observateurs politiques de la scène akadémienne.Comment expliquer la pérennité de la religion ?

D'une part, certains analystes dont Thumman Reddy et Benazir Kharma sont partis de l'hypothèse que le rédemptorisme se posait comme antithèse au positivisme. Pour Kharma, le rédemptorisme est devenu une réincarnation de l'Angisme aldééran dans la mesure où il oppose aux sentiments humains la prédominance d'une morale supérieure.

La notion de sentiments humains et de l'irrationalité des sentiments est au coeur de la doctrine de Simon Ange. Sans cette prémisse, il lui est impossible de justifier la nécessité d'un leadership fort et éclairé pour arriver à conduire le peuple dans la bonne direction. La partique est cependant autre dans la mesure où les nations qui ont adhéré au système de pensée ont préféré la notion de fort à celle d'éclairée. (Thumman Reddy : Les trois mères de la religion et de l'état, p 144)

Pour sa part, Kharma suggère que la remontée de la religion demeure le fruit de l’ignorance face aux phénomènes naturels. Dans une certaine mesure, l'essor des sciences n'a réussi qu'à rendre plus incompréhensible les dédales de la connaissance. Il en résulte que l'individu préfère le confort du domaine des sentiments aux exigences de l'exactitude scientifique.

Les théocrates ne peuvent s'accommoder de la science. Il leur est nécessaire de la discréditer pour lui substituer des croyances comme la création et le salut éternel. Ce genre de propos rend méfiant les individus parce qu'ils nécessitent de faire abstraction de la notion de temps et de s'appuyer sur des abstractions comme l'infini. Comme la science propose constamment de définir des limites spaciales et temporelles aux objets quotidiens, elle se situe constamment en contrepoids à la croyance. Seul un rejet de la science au profit de la croyance peut permettre à la doctrine théocratique de survivre. A la limite, le pouvoir absolu du théocrate devient une nécessité pour la survie de la croyance. (Benazir Kharma: Croire: Convergences conceptuelles, p 131)

Mais les deux auteurs demeurent incapables d'expliquer comment cette intrigante capacité de survie soit devenue une force mobilisatrice dans de larges segments de la population akadémienne. Pour y arriver, il faut retourner aux écrits de Gustabe Leblond et au rôle qu'il donne à l'évolution et en particulier à la sélection naturelle dans la construction de la société moderne. Selon Leblond, la religion apparaît tout simplement comme un ensemble de règles sociales, morales et culturelles dont la fonction, pour l'individu et le groupe sont de maximiser les chances de survie et de reproduction des individus. En conséquence, le choix d'appartenance à la société n'est pas délibéré ou accidentel, il est le fruit de l'évolution des individus et de la sélection naturelle qui rejete les individus a-sociaux.
En 1924, dans une conférence devant l'Académie des sciences politiques, Leblond distinguait trois éléments essentiels de la religion : le sentiment d’appartenance à un groupe, la pratique de rituels et la croyance au surnaturel.

  1. Le sentiment d’appartenance à un groupe: Partant du constat que l'homme est un animal social, il montre comment les croyances religieuses permettent d’assurer la cohésion du groupe. Cette cohésion a pour but de procurer à l’individu qui en fait partie des avantages de la complémentarité des habiletés et les produits de la coopération. Il rejette conséquemment les doctrines libertaires qui prônent la nécessité absolue de la liberté individuelle comme prérequis à la prospérité collective et à l'évolution sociale. Cette à cette occasion que Leblond a prononcé la phrase que ses adversaires lui ont longtemps reproché : " Un artiste sans public sera toujours un parasite de la société".
  2. La pratique de rituels: En se fondant sur les travaux d'Irina Malinovskaya et de Karel Buntig sur les populations primitives du Continent Majeur, Leblond décrit les activités collectives comme un ensemble de rituels qui démontrent la volonté de l'individu de participer au groupe.Les activités rituelles correspondent au prix à payer pour faire partie d’un groupe religieux et bénéficier des avantages que cela apporte. ainsi les institutions politiques comme les élections, le parlement et la subordination aux lois ne sont que l'évolution de rituels auxquels doivent souscrire les individus pour se considérer comme citoyens. En soit, ces institutions n'ont aucun fondement scientifique, elle font partie des choses acceptées et leur refus devient cause d'exclusion. Avec le temps et la pratique répétée, les rituels deviennent des valeurs de la société de plus en plsu difficiles à modifier ou à déraciner sans compromettre l'équilibre social.
  3. La référence au surnaturel : Ce dernier élément est celui qui a généré les débats les plus émotifs parmi les idéologues positivistes. Leblond soutient la thèse que la sélection naturelle a, dans le lointain passé de l’homme, favorisé une tendance à tout percevoir en termes d’intentionnalité. En s'appuyant sur des travaux de biologistes dont Karl Derwin et Luigi de Bertallanfi Il propose que pour sa survie, l'individu se doit de développer sa vigilance face à des prédateurs potentiels.Il en résulte une conception du monde et de l'environnement qui est systémique et donc mue par un dessein supérieur à l'individu lui-même. Incapable d'expliquer la direction ou la finalité de ce dessein, il lui apparait plus pratique de l'attribuer à un être (ou des êtres) distincts, supérieurs et antérieurs à son existence. La croyance vient donc combler le vide laissé par l'inexpliqué par la science.En conséquence, l'édification d'une idéologie politique durable doit comporter le défi de l'inexpliqué pour les individus. Sans une part de croyance, l'édifice théorique ne saurait supporter le charge de la critique des adversaires. Les individus ont besoin de croire dans le parti avant d'adhérer à la doctrine.

Bien que Scor Krante en Aldérante ait repris l'essentiel de la doctrine fondamentale du positivisme, il demeure fortement influencé par son combat personnel contre Simon Ange et la doctrine de l'angisme en Aldérande. Dans les deux cas, la doctrine propose que les masses sont ignares et qu'il appartient au leader éclairé de déterminer le droit chemin vers la prospérité et la paix. Or si la prospérité a suivi, il en a été autrement de la paix. La multiplication des guerres aura en conséquence menacé la tranquillité de la population et compromis le leadership des chefs-d'état. La tentation de modeler la doctrine sur l'enclume de la religion demeure grande, toutefois, la référence au surnaturel est devenu, dans leur doctrine, le maillon faible dans la mesure où ils cherchent à doter le chef d'état de ces pouvoirs surnaturels. En conséquence, la religion ne peut survivre au chef d'état et doit se renouveler à chaque succession. Une telle doctrine ne saurait être durable. Ce qui explique la durabilité du positivisme scientifique c'est l'interdépendance de la doctrine et du chef-d'état et leur subordination à un ensemble d'éléments supérieurs: les connaissances. Ces dernière demeurant en état d'évolution, les individus acceptent alors plus aisément leur pouvoir surnaturel….

… Pour les rédemptoristes, les positivistes comme pour les angistes, il a donc des fondements naturels de la religion. Leblond n’en porte pas moins un regard critique sur cette dernière. "Ce n’est pas parce que la guerre dérive de l’agressivité – réflexe utile à la survie – que c’est une bonne chose"…. "De la même manière, si la religion est bien un atavisme de l’évolution, lutter contre son influence dans la société ne peut pas être une tâche aisée". Leblond proposait en conséquence de miner l'influence de la religion en la déconnectant de son instrument: la croyance en une force surnaturelle. Or il appert que , si elle a opéré pendant plusieurs années, cette déconnexion ait perdu de son efficacité au cours des dernières années. Après avoir flirté avec la tentation royaliste, certains segments de la population akadémiennes, désenchantés ou marginalisés par le système, voient dans le rédemptorisme la solution à leurs maux. Il nous faut reconnaitre que l'éducation populaire aura eu des ratés dans le système akadémien…

… Le défi posé à la société akadémienne par l'émergence des rédemptoristes se compare sous plusieurs points aux dangers de l'angisme et de l'angélisme. Que ce soit en Iron Mind ou an Aldérande, l'arrivée au pouvoir de leaders doctrinaires a été l'occasion d'un recul historique et du début de la décadence de ces deux civilisations. Elles sont aujourd'hui en proie à des divisions internes qui morcellent leur société en une myriade de groupes qui cherchent désespérément le nouveau messie. Même le mouvement rédemptoristes jésucrissien (MRJ) est en proie à des guerres de factions avant même d'avoir atteint le statut de parti représentatif à l'assemblée natonale.

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