Positivisme Scientifique - la Doctrine

LES ILLUSIONS DES THÉORIES POLITIQUES.

— D'après Gustabe Leblond.

Ce texte date de 1921 et est considéré comme une des pierres angulaires de l’idéologie scientifique positiviste de l’Akadem Pradesh. Cette version est un résumé d’un traité de 470 pages publié par les Presses de l’Université d’Akademgorod en 1920.

Préambule
C'est exclusivement sur la raison que s'édifient la science et toutes les formes de la connaissance. C'est surtout avec des sentiments et des croyances que se gouvernent les hommes et que se fait l'histoire.

"La raison scientifique n'existe pas en soi. Elle est l'expression de la domination de certaines idées sur d'autres qui sont jugés plus anciennes ou dépassées par de nouvelles. C'est pourquoi, il appartient au leader éclairé de déterminer les connaissances qui doivent conditionner l'action politique et sociale de la nation à un moment donné de l'histoire. Croire qu.il existe une vérité scientifique objective doit demeurer un sentiment profond dans l'esprit du peuple. Il apparient aux esprits éclairés d'en juger la relativité et son usage politique" (Discours devant la commission du programme du parti de 1922)

Le gouvernement des hommes a pour fonction première d’administrer en fonction de l’avenir commun des peuples et de gouverner les sentiments et les croyance en s’appuyant sur les connaissances disponibles. C’est ce que nous appelons la doctrine du positivisme scientifique.

Les constats

L’analyse des pratiques politiques des nations modernes nous démontre que la science politique a peu évolué dans sa théorie comme dans sa pratique au cours des 10 derniers siècles. Il en ressort quelques constats :

  • La logique rationnelle collective se fonde sur toutes les formes de la connaissance, les sciences exactes notamment. La logique rationnelle régit le domaine du conscient où se fabriquent les interprétations de nos actes. Ces lois s’appliquent autant au domaine privé quMau domaine politique.
  • La logique des sentiments populaires se fonde sur ses croyances, c'est-à-dire les facteurs de la conduite des individus et des peuples et l’acceptation morale de ces conduites fait partie du schéma de ses croyances. C'est donc dans le domaine du subconscient, gouverné par la logique des sentiments, que s'élaborent leurs vraies causes.

La démocratie n'est pas une valeur absolue. Elle est la science des sentiments collectifs. Croire que le peuple décide est aussi fallacieux que de proposer que la dictature est populaire. Si nous voulons que l'Akadem Pradesh soit une démocratie, elle le sera parce que le peuple en rêve. Comblez ce rêve et il cessera d'exister. Pour être vivace, la démocratie se doit d'être menacée, il faut que le peuple ait le sentiment qu'il lutte pour ses droits pour valoriser ces même droits. Donnez-leur, ils n'en sauront que faire, faites-les lutter, ils y attacheront le prix de leur combat. (Discours devant l'académie des sciences-1919)

  • Les sociétés, comme les individus, sont guidées par la logique des sentiments et que la logique rationnelle ne peut les transformer que si la rationalité scientifique devient une valeur ou une croyance. La science est une perception positive, c'est-à-dire qu’elle perçue comme évoluant dans le sens moral du bien.
  • La légitimité de l’action politique doit donc s’appuyer sur la perception morale du bien de la science pour se donner une dynamique appréhendée comme positive. C’est là le fondement du positivisme scientifique comme doctrine du gouvernement des hommes et de l’administration des choses.

Historiquement, les mouvements religieux ont cherché à mobiliser les populations derrière leurs croyances. Il en a résulté un pouvoir ecclésiastique corrompu qui exploitait l'ignorance pour accumuler des richesses et dominer les ignares. Le rôle du parti est d'être le porteur de l'action collective fondée sur la moralité appréhendée de la science. Le peuple a besoin de croire et il lui faut trouver dans le parti l'alternative à la religion. C'est parce que le parti se fonde sur une capacité d'anticiper l'avenir en se fondant sur sa compréhension scientifique de l'histoire qu'il peut être un guide efficace et proposer un futur avec optimisme, mettaint ainsi un terme à la vision apocalyptique qui est nécessaire à la religion pour maintenir son emprise sur les populations ignares. (Allocution devant les chambres réunies du Parlement de 1924)

  • Pour devenir pratique, le positivisme doit s’appuyer sur des fondements légitimes, c'est-à-dire des lois scientifiques du comportement humain individuel et collectif.

Les lois de l'évolution des nations

1. Les nations antiques et les nations modernes diffèrent profondément par leurs pensées et leurs modes d'existence. Mais les éléments nouveaux qui nous gouvernent ne dérivent pas de raisonnements abstraits. Ils sont le résultat de nécessités que les nations subissent, et elle ne sont pas maître de ces pressions ou des forces qui les forcent à se transformer. L’évolution est définie comme une adaptation à un environnement.

2. Il est faux de prétendre que l’époque contemporaine diffère de celles qui l'ont précédée à cause de ses rivalités et ses luttes. Les luttes ou les concurrences naissent de passions qui ne varient pas et sont demeurées constantes à travers le fil de l’histoire. La différence réelle se matérialise par la dissemblance des facteurs qui font aujourd'hui évoluer les peuples au sein des nations.

3. Les véritables causes du changement national sont, en conséquence:
a) en premier lieu, la substitution progressive de la puissance des facteurs économiques qui changent souvent à celle des croyances en dieu, l'autorité des rois et l'obéissance aux lois, phénomènes stables et marqués par la continuité historique.
b) en second lieu, l'influence combinée et simultanée des intérêts des nations qui se substitue à des intérêts locaux et incapables d'emprunter`au savoir des autres nations.

Vous me reprochez de vouloir faire de l'Akadem Pradesh un état laïque. Mais un état ne peut être à la fois durable et théocratique. L'histoire nous enseigne que la domination de la foi ne se matérialise que par le conflit religieux. Peut-il en être autrement alors que les prélats et les chefs religieux cherchent d'abord à promouvoir leur vision du bien à l'opposant à une force du mal et à promettre une joie éternelle fondée sur la fin de la vie. Dans ce modèle il n'y a pas de futur seulement un passé de péché et de méfiance. Si nous voulons que l'Akadem Pradesh évolue de manière saine et stable, il faut extirper de son imaginaire collectif la notion de moralité religieuse comme fondement de l'action humaine. Il faut que la bonté soit un phénomène objectif et le bien-être un but collectif. L'Akadem Pardesh n'a pas été créé ou choisi par dieu, il a été bâti par ses hommes et ses femmes pour survivre et prospérer dans le sens de son histoire. Nous écrivons notre histoire, nous ne l'interprétons pas en fonction de lettres vieillottes et obscures… (Discours sur la réforme institutionnelle-1931)

Il en résulte un élément de doctrine fondateur du positivisme scientifique ; l’ignorance de l’histoire est une condamnation à la répéter sans pour autant apprendre et évoluer.

Les lois de la dynamique politique

La vie politique est le résultat d'un ajustement individuel des sentiments de l'homme à son contexte immédiat.

  • Comme les sentiments varient peu dans le temps, la nature humaine ne se transforme que très lentement. Par contre, son contexte évolue rapidement, en raison des progrès scientifiques et industriels qui surgissent chaque jour.
  • Lorsque le contexte se modifie trop rapidement l'adaptation devient inacceptable et il en résulte un rejet ou une résistance au changement.
  • Une des formes du rejet du changement consiste à vouloir répandre artificiellement et horizontalement le modèle auquel on se réfère, c’est la tentation belliqueuse et hégémonique des impérialistes qui rejettent la différence au nom de l’uniformité dans la domination.

Il en résulte un élément de doctrine du positivisme scientifique : le rôle du dirigeant éclairé est de faire cadrer la nature de l'homme avec des nécessités présentes et dont il ne peut prétendre être le maître.

4. L'évolution d’une nation est fille de nécessités qui ne dérivent pas de la volonté des législateurs. Il faut rejeter en conséquence la théorie socialiste qui veut qu'il soit facile de transformer une société par des décrets faits dans le meilleur intérêt du peuple par des intellectuels mieux informés.

5. Les peuples évoluent en brisant leur isolement par le biais d'échanges culturels, commerciaux et scientifiques.

  • L'interdépendance résulte de la nécessité de poursuivre ou de maintenir ces échanges.
  • L'autarcie constitue le rempart privilégié des nations qui désirent maintenir leur autonomie et leur intégrité nationale, amis à contrario, il résulte dans une perte de capacité de négocier son interdépendance.

Il en résulte un élément de doctrine du positivisme scientifique : La liberté d’un peuple dépend de ca capacité à négocier son interdépendance sur une base d’égalité.

6. L’influence d’un état ne s’accroit pas nécessairement avec sa taille non plus que l’influence de ses dirigeants.

  • Les dirigeants sont amenés progressivement à suivre les impulsions dictées par leur milieu. En conséquence, plus le milieu devient complexe moins ils le dirigent.
  • Les forces contextuelles, et principalement les forces économiques sont les facteurs qui conditionnent des volontés populaires auxquelles la population ne résiste guère.
  • Le protectionnisme même s'il est condamné par la plupart des économistes est la réponse privilégiée aux besoins nationaux et reflète l'obligation du chef d'état de protéger les intérêts nationaux devant des nécessités accablantes.

Les partis libéraux veulent que l'on rejette la doctrine protectionniste au profit de la libéralisation des marchés. C'est là une erreur. L'Akadem Pradesh a une économie limitée par ses ressources et sa population. Confier son développement à une croyance abstraite dans de fausses lois des marchés c'est exploiter la crédulité des gens en leur faisant miroiter une prospérité qui ne s'est jamais matérialisée et livrer les ressources au pillage des exploiteurs irresponsables. Notre doctrine économique doit se fonder sur une exportation agressive de produits manufacturés et non sur la consommation des richesses par les pays plus populeux. Nous avons l'obligation de protéger la culture, les ressources et notre style de vie. Si cette obligation doit être subordonnée à quelque chose, ce n.'est pas à des intérêts de grandes puissances, mais au futur et la pérennité de l'Akadem Pradesh. (Débat radiophonique sur l'abolition des barrières tarifaires, 1929)

Il en résulte un élément de doctrine du positivisme scientifique : La capacité du dirigeant de gouverner dépend de la compétence à mettre sa nation l’abri des influences extérieures et en particulier celles des nécessités économiques.

Les peuples et leur gouvernement

7. Les hommes de chaque époque ont été gouvernés par un très petit nombre d'idées directrices propres au contexte de leur époque. Ces idées se sont établies consciencieusement et forgées pour être des mobiles d'actions qu'après s'être transformées en sentiments.

8. La nation accepte naturellement la puissance des gouvernements et les inégalités sociales. Elle lui apparaît comme une expression de la conscience de la culture nationale et des incontournables nécessités naturelles. En conséquence il est contraire aux sentiments de l'homme de concevoir que le peuple est le vrai souverain. Ce sentiment ne peut mener qu'à la recherche d'une dictateur énergique capable de soustraire la nation au désordre.

Il faut établir clairement la différence entre le gouvernement et le législateur dans notre constitution. Le législateur a pour fonction de refléter l'état des croyances dans les lois et non de les anticiper. On ne peut changer la nation par ses lois, mais les lois doivent être une image fidèle de l'état des croyances et des sentiments. Quant au gouvernement, il lui appartient de faire évoluer les croyances et les sentiments en générant dans la population des idées alternatives aux idées reçues. C'est pourquoi il est nécessaire que le gouvernement soit formé de personnes qualifiées et éclairées. L'élection du chef d'état au suffrage universel va à l'encontre même ce ce principe. Toutefois, l'auto proclamation royale ou impériale ne constitue pas une alternative valable, au contraire elle ne peut qu'attirer au pouvoir les plus mauvais éléments de la société et, partant, ceux qui ignorent les charges du pouvoir au profit de leur ambition personnelle. (Discours sur la réforme constitutionnelle, 1928)

9. Les religions, les gouvernements, les actes politiques constituent la trame de l'existence d'une nation. Cette trame est la représentation de l’évolution des croyances et des sentiments et nullement un reflet de l’état de la raison. Il en résulte que, la fidélité et le soutien de la nation dépend du sentiment de sécurité engendré par la raison du chef d'état. En conséquence

  • Manier ces sentiments pour influencer l'opinion devient la fonction et le rôle premier dévolu aux hommes d'État.

Ils sont nombreux nos opposants qui nous accusent de désinformation et de propagande. Leur animosité les pousse à confondre les idées progressistes avec leurs sentiments obscurantistes. L'opinion sociale doit être façonnée dans le sens du progrès. Propager de nouvelles idées est une méthode légitime d'ingénierie sociale. C'est dans le choix des idées que se trouve la légitimité. En choisissant les idées qui éliminent les faussetés et les idées reçues, on procède à une sélection scientifique naturelle des changements sociaux. Il faut savoir faire une combinaison adéquate de l'eugénisme et du génie, sinon, le système social ira dans la voie de sa désagrégation entropique. (Allocution d'ouverture du congrès scientifique d'Akademgorod-1930)

  • Les masses populaires ne sont jamais motivées par la vigueur des raisonnements, mais par les images sentimentales que certains mots et associations de mots font naitre dans leur insécurité. Les propositions enchainées par la logique rationnelle servent uniquement à les encadrer. En admettant qu'un discours simplement logique produise une conviction, celle-ci sera toujours très éphémère et ne constituera jamais un mobile d'action durable.

L'insécurité d'une nation est un ingrédient nécessaire à son évolution, amis aussi une cause de sa régression à l'état de monstre neanderthalien. Sans la crainte d'une transformation non voulue par la domination étrangère, la perte du statut social ou la régression économique, l'individu comme la collectivité n'ont aucune motivation à se mobiliser et à se solidariser.Plus la menace est importante, plus le sentiment d'insécurité augmente et plus il est possible de mobiliser les gens. Comment légitimer les dépenses militaires, s'il n'y a pas de menace? Comment légitimer les dépenses de santé lorsqu'il n'y a pas d'épidémies possibles? Ou je le réaffirme, le chef d'état doit trouver un équilibre entre la stabilité interne et une insécurité mobilisatrice… L'ennemi est une force dynamique créatrice de la nation tout autant que la créativité de ses habitants… (Discours de graduation des officiers de Fort-Hirtam, 1925)

Il en résulte un élément de doctrine fondamental du positivisme scientifique: Multiplier les idées politiques dans le but de mobiliser un plus grand nombre d'éléments autour d'un maximum d'opinions aura l'effet contraire, soit de démobiliser ceux qui croient à des éléments de doctrine antérieurs aux nouvelles opinions.

La relation aux lois

10. Les lois sont des instruments faibles pour engendrer le bien mais puissants pour engendrer le mal. L’histoire démontre qu’il est toujours aisé de détruire et difficile de bâtir. Il en résulte que :

  • Sans un encadrement scientifique le zèle désastreux de législateurs est motivé par l’opportunisme ou le hasard et les impulsions du moment.

Messieurs, le projet de loi qui est présenté à cette chambre est un désastre social et politique en puissance. Certains d'entre vous croient que la restauration des pénitenciers est devenue une condition essentielle à la sécurité nationale. Lorsque l'Akadem Pradesh a élaboré sa stratégie de lutte au crime, elle s'est attardé à bâtir un ensemble de mesures intégrées et efficaces qui rejoignent l'éducation, le contrôle sévère des armes, la réforme des institutions psychiatriques et une démarche de réhabilitation qui s'avère être un modèle de résultats probants. Si certains d'entre vous veulent revenir en arrière, c'est par pur opportunisme politique et misant sur l'inconnu et en insécurisant les bien-pensants de notre société. Restaurez les pénitenciers et vous réintroduirez les écoles du crime. Il faut lutter contre le crime par ses causes et non en isolant ses effets….(Discours sur la loi de réforme pénitentiaire-1931)

  • Toutes les lois créées par une raison trop courte sont des calamités artificielles à ajouter aux maux naturels dont la nation est bien obligés de supporter le poids.

Il en résulte un élément de doctrine fondamental du positivisme scientifique: Le rôle du parti est de mobiliser la nation pour lui permettre de se doter des lois qui répondent à ses attentes et assureront sa continuité et sa pérennité.

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